D’étranges communautés animales survivent, voire prolifèrent dans l’obscurité des grandes profondeurs des océans. Mais où ces organismes puisent-ils l'énergie nécessaire à toute forme de vie ? Comment des écosystèmes ont-ils pu se mettre en place dans des conditions où la photosynthèse est impossible ? Est-il possible de fabriquer de la matière organique sans lumière ?
Plongée vers les grands fonds
Pendant longtemps, les grands fonds, ont été considérés comme des déserts. Le monde des abysses, 307 millions de kilomètres carrés où règnent le froid, l’obscurité et des pressions écrasantes, semblait hostile à la mise en place du moindre écosystème. Aujourd’hui, on sait que des animaux parfaitement adaptés à ce milieu extrême y évoluent tranquillement.
À la surface du globe les végétaux nourrissent les herbivores, eux mêmes mangés par les carnivores. Mais à partir de 150 mètres en dessous du niveau de la mer, il n’y a plus de végétaux, le manque de lumière rendant impossible la photosynthèse. Pourtant les plantes restent à la base de la chaîne alimentaire de la plus part des animaux des grands fonds. En effet, ceux-ci se nourrissent de résidus de végétaux et de cadavres d’animaux qui leur parviennent depuis la surface.
Ainsi, dans l’obscurité des océans, le maillon « herbivores » des chaînes alimentaires classiques, est remplacé par le maillon « détritivores » composé d’animaux qui se nourrissent des restes du festin de la surface et qui, à leur tour, composent un excellent repas pour les poissons carnivores des abysses. Cependant, dans certaines zones du fond des mers, il existe des formes de vie qui échappent totalement à cette règle. Pour les trouver, il faut se rendre là où le relief du plancher océanique s’anime…
Un écosystème d’un nouveau genre
Au milieu des océans, à la frontière entre les plaques tectoniques, se dressent de véritables chaînes de montagnes sous-marines. Ces reliefs résultent de la remontée de lave basaltique provoquée par l’écartement des plaques à cet endroit. On appelle ces montagnes les dorsales océaniques.
C’est en 1977, au cours de l’exploration de la dorsale des Galápagos, que deux géologues embarqués à bord de leur sous-marin Alvin firent une découverte majeure. Par 2 500 m de profondeur, sur la crête de la dorsale, une communauté entière d’organismes, de tailles et de formes étonnantes, proliférait autour de sources hydrothermales. Cette profusion de vie laissa pantois les scientifiques. Jamais ils n’avaient imaginé trouver à une profondeur aussi importante, autant d’organismes vivants, agglutinés sur une si petite surface.
La découverte fit l’effet d’une bombe dans le monde de l’océanographie. Ainsi donc, le désert obscur des abysses renfermait des « oasis » sans Soleil, abritant des communautés d’êtres vivants qui visiblement avaient trouvé une autre source de nourriture que la matière organique en provenance de la surface. Or il était totalement impossible qu’ils pratiquent la photosynthèse, mais alors d’où ces organismes d’un nouveau genre puisaient-ils leur énergie ?
Le saviez-vous ?
En 1844, le naturaliste anglais Edward Forbes, se fondant sur les résultats de ses dragages en mer Égée, affirma qu'il n'y avait plus de vie dans les mers au-delà de 600 m. Pourtant, à l’époque déjà, bon nombre d’observations allaient à l’encontre de cette théorie.
Les organismes qui vivent à 5 000 mètres de profondeur doivent affronter une pression de 500 kg/cm². C’est l’équivalent du poids d’un cheval en équilibre sur un ongle !
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