Abondante, gratuite, et propre… et pourtant méconnue, qui est-elle ?
Dès l'Antiquité, l’Homme s’est servi du courant des rivières et des fleuves, en utilisant des moulins à eaux pour moudre le grain, ou même élever l'eau pour créer le dénivelé dont elle a besoin pour couler jusqu’à des points de plus en plus distants et permettre à nos ancêtres d’irriguer leurs terres. Ce sont là les toutes premières formes de ce qui sera communément désigné comme l’énergie hydraulique par nos contemporains… Et si l’on considère la mer et les océans, on peut aisément imaginer, de nos jours, le potentiel énergétique qu’ils représentent : un gisement gigantesque, renouvelable et illimité dans le temps ! Car si les vents sont capables de faire fonctionner des turbines pour produire de l’énergie, que dire des mouvements, des vagues et des marées de nos mers ?
Ce n’est pas par hasard si même Jules Verne avait déjà déclaré, dans son célèbre Vingt mille lieux sous les mers paru en 1869 : « Je dois tout à l'océan... Il produit de l'électricité, et l'électricité donne au Nautilus la chaleur, la lumière, le mouvement, la vie en un mot ». Il ne croyait pas si bien dire et était bien visionnaire pour son époque !
Plus d’un siècle plus tard et avant même que le débat sur l’énergie ne soit lancé, le Commandant Cousteau nous alertait dans son livre Français, on a volé ta mer (1981) : « Le potentiel énergétique de la mer dépasse tout entendement : chaque année la mer reçoit du soleil près de 45 000 fois l'équivalent en calories de la consommation électrique mondiale. Un tiers de cette énergie incroyable est réfléchi sous forme de radiations ; un petit quart est absorbé par l'évaporation qui forme les nuages ; seulement 2 pour mille servent à faire souffler les vents, soulever les vagues et animer les courants; un minuscule 2 pour dix mille alimente la photosynthèse, base de toute vie sur terre. Le reste, soit plus de 40 % est stocké sous forme de chaleur. Là, en attendant que soit maîtrisée la fusion des atomes d'hydrogène réside le plus formidable réservoir d'énergie disponible du monde ».
Aujourd’hui, au moment où l’énergie devient un véritable enjeu pour l’avenir de l’humanité et où il devient urgent de trouver des solutions alternatives aux énergies fossiles, de nombreuses initiatives s’intéressent à cette ressource qui ne demande qu’à être apprivoisée et exploitée.
La force de l’eau, une source d’énergie renouvelable à l’infini…
Ainsi la mer a toujours inspiré des projets fantastiques. En mai 2008, la première hydrolienne commerciale de la planète a été mise en service dans le nord de l’Irlande. De quoi s’agit-il ?
Une hydrolienne (« hydro- » – pour « eau ») est une hélice sous-marine semblable à celles des éoliennes (« éol- » – pour « vent ») conçue pour capter les courants des marées et les transformer en énergie. A la différence du vent, parfois capricieux, ce procédé offre l’avantage d’être fiable car l’énergie issue des courants marins est prévisible et continue : les courants dépendent de la marée, donc de l’attraction lunaire que l’on sait mesurer, contrairement aux conditions atmosphériques imprévisibles dont dépendent les vents.
A quoi ressemble-t-elle ?
Cette hydrolienne porte le nom de SeaGen et est fabriquée par la société Marine Current Turbines Ltd (MCT). Le dispositif est immergé à 24 mètres de profondeur dans le détroit de Strangford Lough au sud-est de Belfast. Lac étroitement ouvert sur la mer d’Irlande, Strangford Lough est l’un des sites qui présentent les plus forts courants marins du Royaume-Uni.
Cette installation est suivie d’une période de douze semaines de tests sur les turbines en conditions de service réelles, avant que ne commence l’approvisionnement du réseau électrique d’Irlande du Nord.
Lorsqu’elle sera pleinement opérationnelle, l’hydrolienne fonctionnera 18 à 20 heures par jour pour approvisionner l’équivalent de 1 000 foyers, pour une puissance de production de 1,2 MW. Cette puissance de production est quatre fois plus importante que tout autre projet d’exploitation d’énergie des courants achevé à ce jour dans le monde.
Paul Jones de Marine Current estime que « l’énergie marémotrice pourrait, à terme, couvrir près de 5 % des besoins en électricité de l’ensemble du Royaume-Uni. »
La prochaine étape consistera à installer des turbines immergées dans des « fermes » de dix à vingt unités, comparables à l’alignement des turbines éoliennes. Dès que les fermes pionnières auront fait leurs preuves, le potentiel de déploiement sera bien supérieur. 10 MW de puissance de production sont attendus dès 2012.
… Une source de vie porteuse d’espoir
Au moment où la communauté scientifique internationale se mobilise pour favoriser le développement d’énergies vertes, et où les élus du monde entier réfléchissent aux conséquences du réchauffement climatique sur les villes et leur population, celle qu’on surnomme la « houille bleue » constitue peut-être l’une des réponses concrètes aux enjeux énergétiques et environnementaux de notre siècle.
Rotors : un rotor est la partie mobile dans un mécanisme rotatif (turbine, compresseur, alternateur).
Source (en anglais uniquement) |